Une femme est poursuivie en justice par la star de la télévision qu'elle a accusée

Par le bureau de Beijing de BBC News - 27 septembre 2018 -  Le phénomène #MeToo décolle lentement mais sûrement en Chine - mais ce n'est pas sans difficultés. 

Il y a quelques mois à peine, la Chine a été frappée par une série d'accusations #MeToo qui ont émergé dans des endroits aussi diverses que les temples, les universités et les débats télévisés. Une affaire est sur le point d’être portée devant les tribunaux civils, mais c’est l’accusateur, qui attaque la femme qui l'a accusée. 

En juillet, le monde du divertissement était confronté à l’allégation selon laquelle l’une des plus grandes et des plus aimées stars de la télévision du pays avait touché de force et embrassé une stagiaire après lui avoir apporté un panier de fruits dans sa chambre.

Zhu Jun, connu pour avoir animé de grands événements télévisuels comme le Gala du Festival de Printemps, a immédiatement rejeté cette accusation et poursuivie en justice la jeune femme pour atteinte à sa réputation et à son bien-être mental.

La femme, connue par son pseudo en ligne Xianzi, a finalement été informée que l’affaire serait entendue au tribunal de district de Haidian à Beijing. Elle a toutefois déposé un recours et a l'intention de se défendre. Cette affaire sera la première confrontation  issue du phénomène #MeToo dans u ne cour de justice chinoise. 


Pour la BBC, cette affaire est "révélatrice de la façon dont la Chine négocie le phénomène #MeToo". Lorsque Xianzi, âgée de 25 ans, a dénoncé ce qu'il lui été arrivé sur son compte WeChat, elle ne s'attendait pas à attirer autant l'attention. Mais lorsque son amie Xu Chao l'a affiché sur le plus grand site de médias sociaux de Chine, Sina Weibo, son post est immédiatement devenu viral. Xu Chao est également poursuivi en justice par Zhu Jun, qui réclame une indemnisation et des excuses publiques, arguant que la situation lui a causé une grande détresse.

L'incident présumé aurait eu lieu il y a quatre ans, mais dans son compte-rendu, Xianzi allègue que la police lui a dit d'abandonner l'accusation parce que Zhu Jun était un animateur de télévision éminent avec un "impact positif" sur la société. Elle allègue également que les autorités sont allées jusqu'à contacter ses parents et leur ont dit qu'elle devrait rester silencieuse.

Peu après son arrivée, Xianzi a déclaré avoir reçu plusieurs appels téléphoniques menaçants, tels que "Croyez-le ou non, je vais aller chez votre maman", a déclaré une voix masculine dans un enregistrement vocal qu'elle a posté plus tard sur Weibo.

En l'absence d'autres témoins ou d'accusations d'agression à l'encontre de Zhu Jun, l'affaire semble être un simple cas parole contre parole. Mais pour les deux femmes (Xianzi et Xu Chao), il s’agit d'en faire une affaire publique, car le mouvement #MeToo n’a pas fait de progrès significatifs dans le pays.

Xianzi a déclaré à la chaîne BBC qu'elle ne changerait pas sa position: "Je ne veux pas que la société attende la victime parfaite qui ne fait jamais d'erreur et ne demande aucune compensation. Beaucoup de gens demandent aux victimes de #MeToo pourquoi vous ne faites pas un rapport immédiatement à la police. Je me suis présentée à la police, il y a quatre ans, et je n'ai reçu aucune justice. Je veux corriger cela en me levant". 

De son côté, Xu Chao a expliqué que le plus inquiétant pour les victimes est de savoir si elles recevront justice ou pas. Cependant, cette dernière se dit pessimiste, quant à la capacité du pays de permettre au mouvement #MeToo d'être un mouvement à part entière et de faire lever des débats dans la société.  

"La Chine est un peu différente. Il y a un fossé entre l'opinion publique et la législation", a indiqué Xu Chao, ajoutant toutefois que "je n'abandonnerai pas". 


Les avocats de Zhu Jun ont constamment nié les allégations formulées à son encontre et n'ont pas répondu aux demandes de commentaires de la BBC. Le procès exige que les deux femmes s'excusent en ligne et dans un journal national et paient une compensation.

Il est clair que les cercles officiels chinois sont très sensibles vis-à-vis des mesures à prendre pour encourager ou simplement tolérer les discussions #MeToo. D'après le professeur Fu King-wa, directeur de Weiboscope, centre de collecte et de visualisation de données sur les médias sociaux, de l'Université de Hong Kong, "nous avons observé [une] douzaine de femmes chinoises accusées d'agression sexuelle sur Weibo". 

Ce dernier a indiqué que "dans de nombreux cas, il y avait un lien apparent entre la censure en ligne et la forte réaction du public à ces incidents #MeToo. La censure chinoise est plus susceptible d'intervenir lorsqu'une accusation personnelle suscite une large réaction en ligne ... et lorsque les postes représentent [potentiellement] des menaces plus importantes pour l'ordre politique, social ou moral du pays". 

Malgré cette censure, certaines affaires aboutissent. Le cas du moine d'un important temple de Longquan en Chine. L'abbé était également un conseiller politique du gouvernement et le plus jeune responsable de l'Association bouddhiste de Chine. Il deviendra l'un des agresseurs les plus en vue de Chine. 

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