16% des femmes chinoises sont battues en 2003

Le Quotidien du peuple (25 novembre 2003 - Selon une enquête sur échantillons menée récemment par la Fédération nationale des Femmes de Chine, 16% des femmes reconnaissent avoir été battues par leur époux, tandis que 5% et 2,6% d'entre elles déclarent qu'elles ont été victimes d'atteintes morales ou de brutalités sexuelles de la part de leur conjoint. Par ailleurs, parmi les responsables des établissements auprès desquels a été menée cette enquête, environ un tiers des personnes classent la violence familiale dont sont victimes les femmes à la première place des atteintes portées aux droits et intérêts des femmes de leur région. 



"Tout cela montre que le problème de la violence familiale est bien grave en Chine, et que les femmes en sont les principales victimes", a déclaré un responsable du département pour la préservation des droits et intérêts des femmes de la Fédération nationale des Femmes de Chine. Selon celui-ci, en 2002, son établissement a reçu en tout 36 600 lettres ou visites dénonçant des actes de violence familiale (+40% par rapport à l'année précédente) et quelque 30 000 lettres ou visites ayant trait à la violence entre conjoints (+30%). 

On apprend en outre que les enfants font partie eux aussi des victimes de la violence familiale, car selon les résultats d'une étude sur la lutte contre la violence familiale menée durant 3 ans par la Société de Science juridique de Chine, plus des deux tiers des personnes interrogées reconnaissent avoir été victimes de la violence familiale lors de leur enfance. Les spécialistes qui ont participé à cette étude font d'ailleurs savoir qu'en recourant à la violence vis-à-vis de leur épouse, plus de 60% des hommes s'en prenaient en même temps à leurs enfants. 

La violence morale figure à la tête de l'ensemble des actes de violence familiale 

En général, en parlant de la violence familiale, on pense avant tout aux atteintes physiques. Cependant, les résultats d'une étude menée récemment par la Société de Science juridique de Chine montrent que par rapport à la violence physique prenant la forme de coups de poing ou de pied, la violence morale qui se traduit par le fait que les époux insultent leur femme ou refusent de leur parler est largement plus répandue. 

D'après cette étude portant sur "les ingérences et les contre-mesures à prendre dans la lutte contre la violence familiale au préjudice des femmes", dans 65,3 à 65,9% des foyers, les époux refusent d'adresser la parole à leur épouse ; dans 22,3 à 29,6% des foyers, il arrive aux maris de claquer la porte ou de casser des objets dans la famille ; dans 23,8 à 28,9% des foyers, les maris se permettent d'injurier leur femme ; et dans 19 à 21,9% des foyers, les époux sont allés jusqu'à menacer de punir physiquement leur épouse. 

"Si l'on classe ces trois formes de violence familiale selon leur fréquence, on découvre que la violence morale figure à la tête de l'ensemble des actes de violence familiale, et que celle-ci est suivie de la violence physique puis de la violence sexuelle", ont indiqué les spécialistes chargés de cette étude. C'est ce qui leur a permis de dire que par rapport à la violence physique, la violence morale fait autant de tort aux femmes, et que si une telle situation dure, ces dernières risquent d'avoir des handicaps d'expression ou de voir leur caractère dénaturé. 

Cependant, on note actuellement une importante déviation dans la conscience de différentes formes de la violence familiale. Selon les résultats d'une enquête menée à ce sujet, 50% des personnes interrogées pensent que le fait que les époux imposent des restrictions aux relations sociales de leur femme, fassent exprès de ne pas leur adresser la parole, refusent d'avoir des rapports sexuels avec elle ou se moquent de leurs défauts ne relève pas de la violence familiale. 

Mise en place d'un réseau social destiné à la lutte contre la violence familiale 

En Chine, en dehors de quelque 50 000 fonctionnaires affectés par la Fédération nationale des Femmes de Chine pour recevoir les plaintes portées par les femmes et sauvegarder leurs droits et intérêts, dans les communautés, les institutions de la sécurité publique et les groupements sociaux divers, on cherche également par mille moyens à venir en aide aux femmes victimes de la violence familiale. Un réseau social destiné à la lutte contre la violence familiale a été ainsi mis en place dans tout le pays. 

De la Fédération nationale des Femmes de Chine, on a appris que dans les 31 provinces (régions autonomes ou municipalités relevant de l'autorité centrale), un nombre total de 48 096 fonctionnaires (dont 47 198 personnes aux échelons de district et de canton) sont spécialement affectés pour recevoir les plaintes des femmes ou défendre leurs droits et intérêts, que des postes de téléphone rouge pour la préservation des droits et intérêts des femmes ont été mis en place dans toutes les provinces (sur un nombre total de 6 181, 5 377 appartiennent aux échelons de district ou de canton), et que dans toutes les provinces, la Fédération nationale des Femmes possède des institutions juridiques destinées au service des femmes (sur un nombre total de 8 958, 8 517 sont mises en place aux échelons de district ou de canton). 

Par ailleurs, 16 provinces ont lancé leurs propres règlements ou politiques destinés à prévenir ou conjurer les actes de violence familiale, 21 provinces ont mis en place leur centres d'expertise des blessures dues à la violence familiale et 13 provinces ont créé des refuges pour femmes battues. D'autre part, en tout 11 146 fonctionnaires relevant des fédérations des femmes des échelons divers sont invités à travailler en tant qu'assesseurs dans les tribunaux populaires, et cela afin de mieux défendre les droits et intérêts légitimes des femmes dans les affaires concernant les femmes et enfants. Enfin, dans une dizaine de provinces, des fédérations des femmes et des institutions de la sécurité publique ont mis conjointement sur pied des centres d'alerte contre la violence familiale portant le numéro d'appel "110", ou des services de plainte destinés à la défense des droits et intérêts des femmes aux échelons de base. 

Commentaires